Tapez « police dyslexie » dans un moteur de recherche : vous obtiendrez trente pages qui se recopient, toutes construites autour du même classement, et toutes partant du même postulat non vérifié. Ce postulat, c’est qu’il existerait une forme de lettre qui règle le problème.
Cet article dit l’inverse, et il le dit parce que ce que vous ferez de votre temps en dépend.
Ce que promettent les polices dys
Le principe est simple et bien trouvé. Un lecteur dyslexique confond souvent des lettres qui se ressemblent par symétrie : b et d, p et q, n et u. OpenDyslexic leste le bas des lettres, comme si chacune était posée sur un socle plus lourd, pour ancrer visuellement son orientation. Dyslexie Font joue sur le même registre en asymétrisant délibérément les formes.
Sur le papier, c’est élégant. La question est de savoir si cela fait lire plus vite ou avec moins d’erreurs.
Ce que disent les études
Plusieurs travaux ont mis ces polices à l’épreuve, en comparant la lecture d’un même texte en OpenDyslexic et dans une police courante, chez des enfants dyslexiques.
Le résultat est constant : pas de différence significative de vitesse ni de précision de lecture par rapport à Arial ou Times New Roman. Il n’existe aujourd’hui pas de consensus scientifique établissant l’efficacité des polices spécialement conçues pour la dyslexie.
Précisons deux choses, parce que la nuance compte.
Ce n’est pas « ces polices sont mauvaises ». Elles sont parfaitement lisibles. Un enfant peut les préférer, et cette préférence a sa valeur : le confort ressenti compte dans la motivation à lire.
Mais ce n’est pas un levier thérapeutique. Installer OpenDyslexic sur l’ordinateur familial et considérer le sujet traité est le piège que cet article veut vous éviter. Le temps et l’énergie investis là ne le sont pas ailleurs, où ils produiraient un effet mesurable.
Ce qui marche : la géométrie, pas la forme des lettres
Les paramètres dont l’effet est documenté ne concernent pas le dessin des caractères, mais leur disposition.
L’interligne est le réglage le plus rentable de tous. On recommande généralement au moins 1,5, parfois 2 pour certains lecteurs. Séparer visuellement les lignes réduit les sauts et les relectures involontaires. Un enfant qui recommence trois fois la même ligne ne manque pas toujours de compréhension : il manque parfois d’espace entre les lignes.
La taille des caractères : au minimum 12 points, volontiers 14 en primaire.
L’espacement entre les lettres et entre les mots. Un léger desserrage isole les caractères sans casser la silhouette du mot. À doser : trop d’espacement fait perdre la reconnaissance globale.
La longueur des lignes : 60 à 70 caractères maximum. Au-delà, retrouver le début de la ligne suivante devient un exercice à part entière.
L’alignement à gauche, jamais justifié. La justification crée des espaces inégaux entre les mots, ces « rivières » blanches verticales qui accrochent l’œil et le détournent de la ligne.
Mis ensemble, ces cinq réglages transforment un document. Et ils ne coûtent rien : ils sont dans le menu de n’importe quel traitement de texte.
Alors, quelle police choisir ?
Une police n’est pas neutre pour autant. Choisissez-la sur des critères de différenciation des caractères :
- une sans empattement (sans serif), les empattements ajoutent du bruit visuel ;
- des paires b/d, p/q, I/l/1 nettement distinctes ;
- des formes ouvertes, sans fioritures.
Arial, Verdana et Tahoma font très bien l’affaire. Et il existe un choix plus intéressant, français et peu connu : Luciole.
Luciole est née en 2019 de deux ans de collaboration entre le Centre Technique Régional pour la Déficience Visuelle et un studio de typographie. Elle a été dessinée selon une dizaine de critères de lisibilité pour les personnes malvoyantes, et elle s’est imposée depuis comme une référence dans ce domaine en France. Ses caractères sont très différenciés, elle couvre l’essentiel des langues européennes, elle est gratuite et distribuée sous licence Creative Commons Attribution, utilisable y compris commercialement.
Elle n’est pas « la police qui guérit la dyslexie » - aucune ne l’est. C’est une police sérieusement conçue pour être lue, ce qui est déjà beaucoup, et c’est celle que Hiboux propose dans ses documents adaptés.
Le test qui vaut tous les classements
Une dernière chose, la plus utile.
Imprimez le même court texte en trois versions : votre police habituelle, une sans empattement bien différenciée, et Luciole. Même taille, même interligne généreux, mêmes lignes courtes. Faites lire les trois à votre enfant, dans un ordre que vous mélangez, et demandez-lui laquelle est la plus confortable.
Sa réponse vaut plus que n’importe quel comparatif trouvé en ligne, y compris celui-ci. Et le principe vaut au-delà de la typographie : la huitième des seize règles d’adaptation du Cartable Fantastique dit que le choix des adaptations doit se faire avec l’enfant.
En pratique
Si vous voulez tester tout cela sans y passer la soirée, Hiboux applique ces réglages à un document en un clic : police Luciole, corps agrandi, interligne 1,8, espacement des lettres, lignes raccourcies, alignement à gauche. Le même exercice se recalcule instantanément, sans regénération et sans frais.
Voir la comparaison avant/après
Pour aller plus loin : Adapter les supports scolaires d’un enfant dys · Exercices adaptés à la dyslexie · Enfant dys, comprendre et accompagner
Références : Non, les polices dys n’aident pas les dyslexiques - Ortho & Co. · La police de caractères Luciole · Les polices de caractères adaptées à la dyslexie - ASH 76