« Il est intelligent, mais il bute toujours sur la lecture. » « Elle inverse les chiffres depuis le CP. »
Quand un décalage persiste malgré les efforts, la question des troubles dys se pose. Cet article ne va pas vous aider à savoir si votre enfant en a un - ce n’est ni notre rôle ni notre compétence, et c’est le travail d’un bilan. Il va vous expliquer ce que ces troubles changent concrètement à l’école, à qui s’adresser, et surtout ce que vous pouvez mettre en place, pendant et après les démarches.
Ce que « dys » désigne
Les troubles dys sont des troubles cognitifs spécifiques et durables des apprentissages. Ils ne sont liés ni à un manque d’intelligence, ni à un manque de travail, ni à un défaut d’éducation. Les principaux :
- Dyslexie : trouble de la lecture, déchiffrage lent et coûteux.
- Dysorthographie : trouble de l’orthographe, très souvent associé à la dyslexie.
- Dyscalculie : trouble du nombre et du calcul, au-delà d’une simple difficulté en maths.
- Dyspraxie : trouble de la coordination des gestes et du repérage dans l’espace, dont l’écriture est une manifestation fréquente.
- Dysphasie : trouble du langage oral.
Un même enfant peut en cumuler plusieurs. Et le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), qui appartient à la même grande famille des troubles du neurodéveloppement sans être un trouble dys, y est fréquemment associé. En France, on estime qu’environ 6 % des enfants d’âge scolaire sont concernés par un TDAH, soit un à deux élèves par classe.
Ce que cela change concrètement en classe
C’est le point le plus utile à comprendre, parce qu’il explique tout le reste.
Pour la plupart des élèves, lire et écrire sont devenus automatiques. L’attention est donc disponible pour le contenu : comprendre, raisonner, mémoriser.
Quand ces gestes ne s’automatisent pas, ils continuent de coûter. Déchiffrer un énoncé mobilise l’attention qui devrait servir à résoudre le problème. Former ses lettres mobilise celle qui devrait servir à construire la phrase. On appelle cela la double tâche, et c’est la clé de lecture de presque toutes les situations :
- l’enfant sait sa leçon mais ne parvient pas à la restituer à l’écrit ;
- il est lent, et la lenteur pénalise indépendamment des compétences ;
- il fatigue très vite, et les résultats chutent en fin d’exercice ;
- l’écart entre l’oral (souvent bon) et l’écrit (faible) est frappant.
Toutes les adaptations utiles consistent à réduire ce coût, pour que l’énergie reparte vers l’apprentissage.
À qui s’adresser
Une démarche, dans cet ordre :
- L’enseignant. Il observe votre enfant cinq jours sur sept, et son constat pèse. Venez avec des faits - durées, exemples de travaux - plutôt qu’avec une hypothèse de diagnostic.
- Le médecin scolaire, ou votre médecin traitant. C’est lui qui oriente vers les bilans utiles.
- Le bilan spécialisé : orthophoniste pour le langage et la lecture, psychomotricien ou ergothérapeute pour le geste, orthoptiste pour la vision fonctionnelle, neuropsychologue pour l’attention. C’est ce bilan qui pose, ou écarte, le diagnostic.
Deux choses à savoir : les délais chez les professionnels sont souvent longs, donc prenez rendez-vous tôt ; et un repérage précoce aide beaucoup, sans qu’il soit jamais trop tard.
Les aménagements scolaires
Deux dispositifs principaux, qu’il ne faut pas confondre.
Le PAP (plan d’accompagnement personnalisé) est le plus courant pour les troubles dys d’intensité modérée. Il ne nécessite pas de dossier MDPH : un bilan récent et l’avis du médecin scolaire suffisent. Il liste des aménagements exclusivement pédagogiques que tous les enseignants appliquent : temps majoré, énoncés simplifiés, supports adaptés, dispense de recopiage, usage de l’ordinateur.
Le PPS (projet personnalisé de scolarisation) concerne les situations reconnues comme un handicap par la MDPH. Il ouvre des moyens que le PAP ne donne pas : accompagnement par un AESH, matériel adapté financé.
Deux articles détaillent la mécanique : comment demander un PAP, étape par étape et PAP, PPS, PPRE, PAI : lequel demander.
Pour le brevet et le bac, les aménagements d’examen suivent un circuit distinct, avec des délais serrés : ce qu’il faut demander, et quand.
Ce que vous pouvez faire dès ce soir
C’est la partie la plus immédiatement utile, parce qu’elle ne dépend d’aucune démarche.
Un enfant dys n’a pas besoin de travailler plus, mais de travailler sur des supports qui lui coûtent moins. Quatre réglages font l’essentiel du travail :
- un corps de texte de 12 à 14 points minimum ;
- un interligne de 1,5 à 2 - probablement le réglage le plus rentable de tous ;
- des lignes courtes, 60 à 70 caractères, alignées à gauche et jamais justifiées ;
- une consigne par phrase, et une seule tâche par question.
Ajoutez des séances courtes pour tenir compte de la fatigue, moins d’items à difficulté constante, et le recours à l’oral là où l’écrit n’est pas ce qui est évalué.
Deux précisions qui font gagner du temps. D’abord, contrairement à ce qu’on lit partout, les polices « spécial dys » ne sont pas le premier levier : les études ne montrent pas de gain de vitesse ni de précision par rapport à Arial. Nous détaillons ce point dans ce que dit vraiment la recherche sur les polices dys. Ensuite, préserver la confiance compte autant que la méthode : féliciter l’effort, dédramatiser l’erreur, et ne pas confondre la lenteur avec le manque de travail.
Le guide complet des adaptations est ici : adapter les supports scolaires d’un enfant dys.
Par trouble, ce qui aide en particulier
- Dyslexie : à quoi doit ressembler un exercice adapté
- Dysorthographie : faire une dictée sans que ça tourne mal
- Dysgraphie : écrire sans que ce soit un calvaire
- Dyscalculie : aider en maths sans le noyer
- TDAH : des devoirs qui se terminent vraiment
Fabriquer des supports adaptés sans y passer la soirée
Reprendre une fiche à la main pour changer l’interligne et couper les consignes en deux prend vingt minutes. C’est faisable une fois, pas trois fois par semaine.
Hiboux le fait en un clic : vous décrivez ce qu’il faut travailler, vous choisissez un réglage, et le PDF sort déjà mis en forme. Les réglages s’enregistrent sur la fiche de votre enfant, donc tous ses documents en héritent.
« 4 courts exercices de lecture avec des phrases simples et aérées pour un CE2 »
Voir la comparaison avant/après
Chaque année, autour du 10 octobre, la Fédération Française des Dys organise une Journée nationale des Dys, riche en ressources et en rencontres pour les familles.
Références : Enseigner à des élèves à besoins éducatifs particuliers - Éduscol · Fédération Française des Dys · Chiffres sur les troubles dys