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Pour un oui ou pour un non (Sarraute) : fiche bac + parcours
Élèves

Pour un oui ou pour un non (Sarraute) : fiche bac + parcours

Par Dorian W., Fondateur Hiboux · · 7 min de lecture
Sommaire · 9 parties
  1. 1. L’œuvre en bref
  2. 2. Résumé structuré (d’une pièce sans intrigue)
  3. 3. Les « personnages » (des voix plus que des êtres)
  4. 4. Axe 1 - Le tropisme : faire du théâtre avec l’invisible
  5. 5. Axe 2 - La dispute comme révélateur (parcours)
  6. 6. Axe 3 - Une machine à jouer : le langage en gros plan
  7. 7. 7 citations à apprendre
  8. 8. Deux sujets de dissertation pour t’entraîner
  9. 9. Réviser la pièce avec Hiboux

Deux amis de toujours. Une brouille. La cause ? Trois mots et un silence : « C’est biiien… ça ». Avec ce matériau microscopique, Nathalie Sarraute écrit l’une des pièces les plus fascinantes du répertoire contemporain - un duel verbal où chaque banalité cache un gouffre. C’est aussi, pour l’oral du bac, une œuvre en or : courte, dense, et dont chaque réplique se prête à l’analyse. Fiche complète.

L’œuvre en bref

  • Autrice : Nathalie Sarraute (1900-1999), figure majeure du Nouveau Roman, théoricienne des « tropismes » : ces mouvements intérieurs fugitifs (attirance, répulsion, blessure) qui précèdent la parole et la pensée claire.
  • Publication : 1982 - sa dernière pièce, souvent jouée, écrite d’abord pour la radio.
  • Forme : un acte unique, deux personnages principaux sans nom (H1 et H2 - deux hommes réduits à des voix), un décor quasi nul. Le théâtre ramené à son os : la parole.
  • Parcours bac : « théâtre et dispute » - la dispute non comme accident du dialogue, mais comme essence du théâtre.

Résumé structuré (d’une pièce sans intrigue)

L’ouverture - l’enquête. H1 vient demander à H2 pourquoi il s’éloigne. H2 élude (« ce n’est rien »), puis lâche l’inavouable : tout vient de la façon dont H1 a dit, un jour, « C’est biiien… ça » - avec ce suspens entre « bien » et « ça » - en réponse à une réussite de H2.

Le déploiement - l’infiniment petit s’agrandit. H1 proteste : c’est de la folie, on ne rompt pas « pour un oui ou pour un non ». Mais l’analyse de l’intonation révèle un abîme : la condescendance de celui qui a « réussi » envers celui qui vit autrement. Les griefs remontent, les rôles se figent : H1 l’homme installé, du côté de la norme ; H2 l’écorché, du côté du ressenti et de l’informulable.

L’escalade - appel aux témoins. Un couple de voisins (H3 et F) est pris à témoin - justice dérisoire qui tourne court : le tribunal du langage commun ne peut pas juger l’indicible.

Le dénouement - la rupture consommée. La dispute atteint le point de non-retour : « la vie » selon H1 contre « la vie » selon H2 sont irréconciliables. La pièce s’achève sur l’écho de son titre - oui… non - : la parole n’a rien réparé, elle a révélé.

Les « personnages » (des voix plus que des êtres)

  • H1 : l’ami « normal » - carrière, famille, mots du consensus. Il croit au langage courant, aux proportions raisonnables (« pour un oui ou pour un non »). Sa violence est invisible : c’est celle des évidences.
  • H2 : l’hypersensible - il vit dans le monde des tropismes, où une intonation est un événement. Ni fou ni ridicule : Sarraute lui donne la charge de dire ce que le langage social écrase.
  • H3 et F : le « chœur » dérisoire - le regard social convoqué puis congédié.
  • L’anonymat (H1, H2) universalise : ce ne sont pas des individus, c’est toute conversation humaine mise au microscope.

Axe 1 - Le tropisme : faire du théâtre avec l’invisible

Le tour de force de Sarraute : porter à la scène ce qui, par définition, précède les mots. Les moyens : le suspens dans l’intonation (« C’est biiien… ça » - la didascalie phonétique !), les silences, les phrases inachevées, les reprises (« ce n’est pas ça… pas tout à fait ça »). Argument pour la dissertation : la pièce ne REPRÉSENTE pas une dispute, elle fait ÉPROUVER au spectateur les tropismes eux-mêmes - le théâtre devient un microscope.

Axe 2 - La dispute comme révélateur (parcours)

La dispute n’est pas une panne de la communication : elle est le moment de vérité où le « dessous » des conversations remonte. Progression à montrer : d’un différend minuscule (une intonation) à un conflit de visions du monde (réussir sa vie / vivre autrement), jusqu’à l’inconciliable. Comparaison féconde avec Musset : chez Musset, on se dispute en masquant l’amour ; chez Sarraute, on se dispute pour faire advenir une vérité que le langage social interdit.

Axe 3 - Une machine à jouer : le langage en gros plan

  • Métathéâtre discret : la pièce parle de ce qu’elle fait (interpréter des intonations - exactement le travail du comédien et du spectateur).
  • Le procès impossible : les témoins, le vocabulaire judiciaire (« condamné », « preuves ») - la dispute cherche un tribunal qui n’existe pas.
  • L’humour : la pièce est aussi drôle - la disproportion assumée entre la cause (trois mots) et l’effet (une amitié détruite) est un ressort comique ET tragique.

7 citations à apprendre

  1. « C’est biiien… ça » - LA réplique-matrice ; sache commenter la graphie même (l’étirement, les points de suspension).
  2. « Pour un oui ou pour un non » (le titre, repris dans le texte) - la disproportion apparente, démentie par toute la pièce.
  3. « Ce n’est pas ça… pas tout à fait ça » - le tropisme qui résiste aux mots.
  4. « Il y a un suspens… un accent » - l’analyse de l’intonation par H2.
  5. « Tu as réussi ta vie » / la « vie ratée » - le conflit des existences.
  6. « On ne peut pas le dire… ce n’est rien… c’est des riens » - dire l’indicible.
  7. Les dernières répliques (« oui » / « non ») - la boucle du titre, la rupture actée.

(Selon les éditions, la formulation exacte varie légèrement : appuie-toi sur ton texte de classe.)

Deux sujets de dissertation pour t’entraîner

Sujet 1 : « Peut-on dire que, dans Pour un oui ou pour un non, on se dispute vraiment “pour rien” ? » Piste : I. En apparence, un rien (trois mots, une intonation - disproportion comique) - II. Mais ce rien est un tout : le tropisme révèle condescendance, blessure, visions du monde opposées - III. La pièce renverse le proverbe : il n’y a pas de « rien » dans la parole humaine - c’est la thèse de tout le théâtre de Sarraute.

Sujet 2 : « En quoi la dispute est-elle ici la forme même du théâtre ? » Piste : I. La dispute fournit la seule action de la pièce (pas d’intrigue, pas de décor : deux voix qui s’affrontent) - II. Elle met le langage en gros plan : le spectateur devient interprète d’intonations, comme les personnages - III. Elle accomplit la fonction du théâtre selon Sarraute : rendre visible l’invisible des relations humaines.

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Questions fréquentes

De quoi parle Pour un oui ou pour un non ?

De la rupture entre deux amis de longue date, H1 et H2, pour une cause apparemment dérisoire : la façon dont H1 a un jour dit « C'est biiien... ça », avec une intonation que H2 a perçue comme condescendante. La pièce entière déplie ce micro-événement : en analysant l'intonation, les deux hommes découvrent que leur différend cache deux visions inconciliables de l'existence - la réussite sociale contre la vie sensible. La dispute, loin d'être « pour rien », révèle tout.

Qu'est-ce qu'un tropisme chez Nathalie Sarraute ?

Sarraute appelle tropismes les mouvements intérieurs infimes et fugitifs - attirances, répulsions, blessures, méfiances - qui nous traversent au contact des autres, avant toute pensée claire et toute parole. Ils sont à la limite du dicible : c'est pourquoi ses personnages parlent par approximations (« ce n'est pas ça... pas tout à fait ça »), suspens et silences. Dans la pièce, l'intonation de « C'est biiien... ça » déclenche un tropisme chez H2 - et tout le drame consiste à tenter de le formuler.

Que signifie le parcours « théâtre et dispute » ?

Il invite à voir dans la dispute non un simple sujet, mais la forme théâtrale par excellence : le théâtre vit de l'affrontement des paroles (l'agôn, depuis les Grecs). Chez Sarraute, cette idée est poussée à sa limite : la dispute est la SEULE action de la pièce - pas d'intrigue, presque pas de décor, deux voix qui s'affrontent sur trois mots. La dispute y est aussi un révélateur : elle fait remonter le « dessous » des conversations polies, ce que le langage social passe sous silence.

Pourquoi les personnages s'appellent-ils H1 et H2 ?

L'anonymat est un choix théorique : Sarraute ne s'intéresse pas aux caractères individuels (âge, métier, psychologie) mais aux mouvements universels qui traversent TOUTE relation humaine. H1 et H2 sont des « porte-voix » de tropismes : n'importe qui, dans n'importe quelle amitié, peut être l'un ou l'autre. Cette réduction (deux hommes, une lettre, un chiffre) universalise la pièce et concentre l'attention sur l'essentiel : ce qui se joue DANS la parole, pas autour d'elle.

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Dorian Wibaut, fondateur de Hiboux

Dorian W.

Fondateur Hiboux

Mes deux parents sont enseignants, et je suis un passionné d'informatique et de transmission. J'ai créé Hiboux pour redonner du temps aux enseignants et aux parents grâce à l'IA : des exercices, cours et fiches personnalisés du CP à la Terminale, générés en quelques secondes. En savoir plus sur Hiboux.