Le passage du collège à la Seconde en français surprend beaucoup d’élèves : on ne te demande plus seulement de comprendre un texte, mais de démontrer comment il produit ses effets. Pour cela, il te faut des outils - les figures de style, l’analyse grammaticale, le vocabulaire technique - et surtout des automatismes. Les 6 exercices ci-dessous, tous corrigés, travaillent ces réflexes un par un. Ils sont calibrés sur le programme de Seconde et préparent directement les épreuves anticipées de français que tu passeras en fin de Première.
Rappel : ce qu’on attend de toi en français en Seconde
Les objets d’étude au programme
L’année de Seconde s’organise autour de quatre objets d’étude : la poésie du Moyen Âge au XVIIIe siècle, la littérature d’idées et la presse (XIXe-XXIe siècle), le roman et le récit (XVIIIe-XXIe siècle), et le théâtre (XVIIe-XXIe siècle). Dans chacun, tu étudies des œuvres et des textes en classe - et c’est sur des textes de ce type que portent les exercices d’analyse.
Les trois outils de l’analyse
- Les figures de style : elles nomment les procédés par lesquels un texte produit un effet (image, insistance, opposition…).
- La grammaire : en Seconde, l’accent est mis sur les subordonnées (relatives, complétives, circonstancielles) et la négation - des questions de grammaire tombent à l’oral du bac de français.
- Le vocabulaire de l’analyse : champ lexical, énonciation, registre, focalisation… le lexique qui te permet de rédiger un commentaire précis.
Exercice 1 - Identifier les figures de style (niveau : ⭐)
Nomme la figure de style dominante dans chacune de ces phrases :
- « Cette femme est un roc. »
- « Je me suis dit mille fois de ne pas recommencer. »
- « Il n’est pas mauvais, ce gâteau. » (pour dire qu’il est très bon)
- « La neige tombait comme des plumes silencieuses. »
- « Paris ouvrait ses bras au voyageur épuisé. »
✅ Correction : 1. Métaphore (assimilation directe, sans outil de comparaison). 2. Hyperbole (exagération : « mille fois »). 3. Litote (dire moins pour suggérer plus). 4. Comparaison (outil « comme »). 5. Personnification (la ville reçoit un comportement humain).
Exercice 2 - Figures d’opposition et d’insistance (niveau : ⭐⭐)
Même consigne, avec des figures plus fines :
- « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie. » (Louise Labé)
- « Rome, l’unique objet de mon ressentiment ! Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant ! Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore ! » (Corneille)
- « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille)
- « Va, cours, vole, et nous venge. » (Corneille)
✅ Correction : 1. Antithèse (oppositions vivre/mourir, brûler/noyer dans une même phrase). 2. Anaphore (répétition de « Rome » en tête de proposition). 3. Oxymore (alliance de mots contradictoires dans un même groupe : « obscure clarté »). 4. Gradation (succession d’actions d’intensité croissante).
Exercice 3 - Reconnaître les subordonnées (niveau : ⭐⭐)
Pour chaque phrase, souligne la proposition subordonnée et indique sa nature (relative, complétive, circonstancielle) :
- « Le livre que tu m’as prêté m’a bouleversé. »
- « Je pense que ce personnage est sincère. »
- « Quand le rideau se lève, le silence se fait. »
- « Elle se demande si le narrateur dit la vérité. »
- « Il relit le passage parce qu’il veut le citer. »
✅ Correction : 1. « que tu m’as prêté » : relative (complète le nom « livre » ; « que » a un antécédent). 2. « que ce personnage est sincère » : complétive (complète le verbe « penser », on ne peut pas la supprimer). 3. « Quand le rideau se lève » : circonstancielle de temps (déplaçable, supprimable). 4. « si le narrateur dit la vérité » : complétive interrogative indirecte. 5. « parce qu’il veut le citer » : circonstancielle de cause.
L’astuce pour distinguer relative et complétive introduites par « que » : dans la relative, « que » reprend un mot placé avant (son antécédent : le livre QUE…) ; dans la complétive, « que » ne remplace rien, il sert juste à accrocher la subordonnée au verbe (je pense QUE…).
Exercice 4 - Champ lexical et effet de sens (niveau : ⭐⭐)
Lis cet extrait :
« La chambre était grise, les rideaux gris de poussière ; une lumière pâle glissait sur les meubles éteints, et le silence lui-même semblait fatigué. »
- Relève le champ lexical dominant.
- Quelle figure de style repères-tu dans « le silence lui-même semblait fatigué » ?
- Quel effet ce passage produit-il sur le lecteur ?
✅ Correction : 1. Champ lexical de la grisaille / de l’éteint : « grise », « gris », « pâle », « éteints », « fatigué ». 2. Une personnification (le silence « semble fatigué », comme un être vivant). 3. L’accumulation crée une atmosphère morne et pesante : la description ne renseigne pas seulement sur le décor, elle installe un état d’esprit - probablement celui du personnage. C’est exactement le type d’analyse en trois temps (relevé, procédé, effet) attendu dans un commentaire.
Exercice 5 - Analyser la négation (niveau : ⭐⭐⭐)
La négation est l’un des points de grammaire officiels de l’oral du bac. Pour chaque phrase, décris la négation (totale, partielle, restrictive) :
- « Je ne connais pas cet auteur. »
- « Il ne lit que de la poésie. »
- « Personne n’a compris la fin de la pièce. »
- « Elle ne renonce jamais à ses idées. »
✅ Correction : 1. Négation totale (« ne… pas » : le fait est nié en bloc). 2. Négation restrictive (« ne… que » = seulement : il lit uniquement de la poésie - ce n’est pas une vraie négation mais une restriction). 3. Négation totale à sujet négatif (« personne ne » : pronom indéfini négatif). 4. Négation partielle (« ne… jamais » : la négation porte sur le temps, pas sur toute la phrase - il renonce parfois ? non, jamais).
Exercice 6 - Rédiger une phrase d’analyse complète (niveau : ⭐⭐⭐)
Transforme ce relevé brut en phrase d’analyse rédigée, sur le modèle « procédé + citation + effet » :
Relevé : anaphore de « Rome » (texte de l’exercice 2, Corneille, Horace).
✅ Correction (exemple de rédaction) : « L’anaphore de “Rome”, répétée en tête de trois propositions successives, martèle le nom de la ville comme une accusation : Camille transforme l’objet de tous les dévouements en cible unique de sa colère, et la répétition donne à sa tirade la force d’une malédiction. » - Retiens la structure : je nomme le procédé, je cite le texte, j’explique l’effet produit. Une analyse sans effet expliqué ne vaut presque aucun point.
Méthode pour progresser en français en Seconde
Fais des fiches de figures de style par familles : figures d’analogie (comparaison, métaphore, personnification), d’insistance (anaphore, gradation, hyperbole), d’opposition (antithèse, oxymore, litote). Apprendre par famille aide à identifier plus vite.
Travaille la grammaire sur les textes étudiés en classe, pas sur des phrases isolées : repère une subordonnée par texte, analyse-la. C’est le format exact de la question de grammaire de l’oral de Première.
Rédige, ne te contente pas de relever. La différence entre un élève moyen et un bon élève en commentaire, c’est la phrase d’analyse complète (exercice 6). Une par jour suffit pour prendre le réflexe.
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Questions fréquentes
Quelles figures de style faut-il connaître en Seconde ?
En Seconde, il faut maîtriser une quinzaine de figures classées par familles : les figures d'analogie (comparaison, métaphore, personnification, allégorie), les figures d'insistance (anaphore, gradation, hyperbole, accumulation), les figures d'opposition (antithèse, oxymore, chiasme) et les figures d'atténuation (litote, euphémisme). L'essentiel n'est pas seulement de les identifier, mais d'expliquer l'effet qu'elles produisent dans le texte : c'est cette analyse qui rapporte des points au commentaire.
Qu'est-ce que la question de grammaire de l'oral du bac de français ?
À l'oral des épreuves anticipées de français (fin de Première), l'examinateur pose une question de grammaire portant sur une courte partie du texte étudié. Les notions au programme incluent les propositions subordonnées, la négation et l'interrogation. La préparation commence dès la Seconde : savoir identifier la nature d'une subordonnée (relative, complétive, circonstancielle) et analyser une négation sont les deux compétences les plus rentables à automatiser tôt.
Comment passer du relevé de procédés à un vrai commentaire ?
La règle d'or tient en trois temps : nommer le procédé (une métaphore, une anaphore...), citer précisément le texte entre guillemets, puis expliquer l'effet produit sur le lecteur ou le sens du passage. Un relevé sans interprétation ne vaut presque rien ; une interprétation sans citation n'est pas vérifiable. Entraîne-toi à rédiger une phrase d'analyse complète par jour : en un trimestre, la structure devient un réflexe et tes commentaires gagnent plusieurs points.


